Crise au MMM : huit membres de la Jeunesse Militante claquent la porte après les démissions Bérenger
Le Mouvement Militant Mauricien traverse sans aucun doute sa pire crise interne depuis des années. En l’espace de quarante-huit heures, le parti fondé par Paul Bérenger en 1969 a vu partir trois de ses figures les plus emblématiques, suivi par huit membres exécutifs de sa branche jeunesse. Ce qui ressemblait à une fissure est devenu une fracture ouverte.
Le déclencheur : les démissions fracassantes de la famille Bérenger
Tout a commencé le lundi 13 avril, lorsque Paul Bérenger lui-même, fondateur et figure tutélaire du MMM depuis plus de cinquante ans, a annoncé sa démission du comité central du parti. Dans un communiqué sobre mais lourd de sens, l’ancien Premier ministre a évoqué des «divergences irréconciliables» avec la direction actuelle concernant la stratégie politique du parti et sa place dans le paysage de l’opposition mauricienne.
Sa fille Joanna Bérenger, militante de longue date et visage du renouveau générationnel du MMM, et Chetan Baboolall, responsable de la communication et considéré comme l’un des stratèges les plus influents du parti, ont remis leurs démissions simultanément. Cette synchronisation n’avait rien d’anodine : elle signalait une rupture organisée, pas un simple coup de colère.
La réaction de la Jeunesse Militante : une hémorragie aggravée
Dès le lendemain, mardi 14 avril, la réponse est venue de la base. Huit membres exécutifs de la Jeunesse Militante, la branche jeunesse du MMM traditionnellement considérée comme la pépinière des futurs cadres du parti, ont remis leurs démissions collectives avec effet immédiat. Un acte politique fort, délibérément symbolique, qui vise à montrer que le malaise ne se limite pas au sommet de la hiérarchie.
Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux et largement partagé dans les cercles politiques mauriciens, les huit démissionnaires ont dénoncé «une direction déconnectée des réalités du terrain, incapable d’incarner un projet politique crédible pour la jeunesse mauricienne». Ils ont également pointé «l’absence de démocratie interne» et une culture de «décisions prises en cercle fermé sans consultation de la base».
Les vraies raisons d’une crise longtemps annoncée
Pour les observateurs politiques, cette crise n’est pas une surprise. Les tensions couvaient depuis plusieurs mois, alimentées par des désaccords stratégiques profonds. La question centrale porte sur l’identité politique du MMM : doit-il rester un parti de gauche progressiste ancré dans la classe ouvrière, ou évoluer vers un positionnement centriste plus apte à séduire les classes moyennes urbaines ?
La défaite électorale de 2024, lors des élections législatives remportées par l’Alliance du Navin Ramgoolam, avait déjà mis en évidence les limites d’une stratégie électorale mal calibrée. Le MMM avait obtenu ses pires résultats depuis les années 1990, perdant plusieurs bastions historiques dans des circonscriptions ouvrières de la ceinture industrielle de Plaines Wilhems et de Pamplemousses.
Quel avenir pour le MMM ?
La question qui se pose désormais avec acuité est celle de la survie du parti en tant que force politique autonome. Plusieurs scénarios circulent dans les coulisses politiques de Port-Louis. Un premier scénario verrait le MMM se reconstruire autour d’une nouvelle direction rajeunie, sans les figures historiques qui portent le poids des décennies passées. Un deuxième scénario, plus pessimiste, envisage une fragmentation définitive, avec certains cadres rejoignant d’autres formations ou créant de nouvelles structures.
Ce qui est certain, c’est que l’hémorragie actuelle fragilise considérablement la capacité du MMM à jouer un rôle structurant dans l’opposition mauricienne. Sans unité interne et sans projet politique clairement défini, le parti risque d’entrer dans un cycle de déclin accéléré dont il sera difficile de sortir. La prochaine échéance électorale — les municipales prévues en 2027 — constitue désormais un test crucial pour mesurer l’ampleur des dégâts.